Mai 24

Troubles musculo-squelettiques, quel est le rôle de l’alimentation ?




Les maladies musculo-articulaires tiennent le haut du pavé dans nos sociétés industrielles.

A la fin du siècle dernier, ne parlait t-on pas des lombalgies comme ‘ le mal du siècle ‘ ?

En ce début du XXI° siècle, se profile une nouvelle épidémie, l’explosion des troubles musculo-squelettiques , les TMS.

Le ministère du Travail vient de lancer une campagne de spots publicitaires pour sensibiliser les gens à ces pathologies .

Ces TMS représentent la première cause de maladies professionnelles en France, et leur coût ne cesse de s’accroître. Toutes les articulations peuvent être touchées, mais les atteintes du membre supérieur semblent les plus fréquentes : tendinites, tenosynovites, syndrome du canal carpien… le choix est vaste. Un salarié sur dix en souffre .images-ccc

Pourquoi cette explosion depuis les dernières décennies dans tous les pays industrialisés ?

Pour les experts, ce sont des maladies multifactorielles,  qui englobent les facteurs environnementaux, comme le stress, les contraintes biomécaniques répétées, les efforts excessifs, l’accroissement des contraintes de productivité qui conduisent à une augmentation de la charge de travail, etc…

Mais toutes les explications  étio-pathologiques des ces maladies musculo-articulaires ne sont pas vraiment satisfaisantes.

En effet, elles ne sont pas nouvelles !

Depuis le début de la révolution industrielle à la fin du XIX° siècle, le travail à la chaîne, répétitif, le stress, les contraintes de productivité, ne sont pas des données récentes.

Le film ‘ Les temps modernes ‘de Charlie Chaplin ( 1936 ) en est l’illustration.images-chaplin

Pourquoi l’explosion des pathologies articulaires seulement ces dernières décennies ?

Les conditions de travail, les contraintes subies, étant grosso modo les mêmes depuis un siècle et demie, ce qui à changé le plus ,

c’est notre alimentation.

Et ce facteur, pourtant évident, est curieusement complètement absent des interrogations des ‘experts ‘ sur cette ‘épidémie ‘

Cette idée, pourtant évidente,  de  la modification de la qualité de notre alimentation,  à du mal à s’imposer dans les milieux médicaux.

Et ce qui à changé le plus dans notre alimentation, si l’on se place d’un point de vue des maladies inflammatoires, et elles sont nombreuses,

c’est la qualité et la quantité des acides gras ingérés.

?  En effet, l’apport en oméga 3 ne cesse de baisser, et l’apport en oméga 6 ne cesse d’augmenter.

Le chercheur Pierre Weill, dans son remarquable ouvrage ‘ Tous gros demain ? ‘ ,  le dit très bien :

‘ la détérioration constante de ce ratio oméga 6 / oméga 3 mesure sans doute la détérioration de ce lien tenu et pourtant si important entre notre santé et notre environnement ‘

De quoi parle t-on lorsque l’on parle de ces acides gras, et en quoi ont-ils un rôle si important ?

? Un peu de biochimie pour comprendre :

Les acides gras poly-insaturés diffèrent par la nature de leur constitution biochimique , le nombre de leurs doubles liaisons . Deux grandes familles, les oméga 3 et les oméga 6.

L’organisme utilise ces acides gras pour la constitution des membranes de ses cellules,

mais aussi pour servir de points de départ aux synthèses de médiateurs cellulaires qui régulent toutes les grandes fonctions de l’organisme.

? Les oméga 6 donnent naissance à des molécules pro-inflammatoires

? Les oméga 3 eux donnent naissance à des molécules anti-inflammatoires

Les oméga 3 se  trouvent dans le règne végétal dans les membranes des végétaux, les algues, les herbes, et dans le règne animal essentiellement chez les poissons dit  ‘gras  ‘ , sardines, saumon, maquereaux,etc…

Les  oméga 6 sont présents dans les réserves des graines, soja, tournesol, maïs…

Et c’est le rapport entre ces deux acides gras, le rapport oméga 6/oméga 3, qui est déterminant pour notre état de santé, nous orientant s’il est déséquilibré, vers un état pro-inflammatoire

l’ inflammation, est actuellement au cœur de la plupart des pathologies de civilisation :

le diabète, l’obésité, les maladies neuro-dégénératives, les cancers, les maladies cardio-vasculaires, et bien sur les maladies articulaires qui nous intéressent.

?  Ce rapport oméga 6/oméga 3, qui devrait se situer autour de 4/1, c’est à dire 4 oméga 6 pour 1 oméga 3, ne cesse de se dégrader . Il est dans nos civilisations industrielles au alentours de 20 au mieux, voire pour certaines personnes jusqu’à 40 !

La part des huiles végétales dans notre alimentation ne cesse d’augmenter. Et ce sont essentiellement les huiles riches en oméga 6 qui caracolent en tête : mais, tournesol, arachide, voire hélas l’huile de palme, omniprésente du fait de son prix, qui contient un peu d’oméga 6 mais surtout beaucoup d’acides gras saturés,qui sont  également impliqués dans les phénomènes inflammatoires

Les acides gras sont aussi amenés par la consommation des graisses animales, la viande, le lait et ses dérivés. La composition des lipides animaux s’est profondément modifié depuis quelques dizaines d’années, au profil quasi exclusif des oméga 6.

kc3eca6sexeica1mxigecaiz0hw1ca7dnre1cavfbcx9cacqfg63ca6jah2vcaqqsiqgca6neulyca6utwgccatb5l3xcavz15raca63cer6caoyvgz2cawyj2b4caep5c1pcaogvrf4cainvmftcakkot25Les vaches et les animaux d’élevage ont mangé jusqu’alors de l’herbe, et leur chair était riche en oméga 3 . Le passage à une alimentation exclusivement composé de mais, de tourteaux de soja, fait que leur chair est de plus en plus riche en oméga 6

Les animaux non herbivores, poulets, cochons, les poissons d’élevages, sont nourris essentiellement avec du blé, du mais, du soja, avec le même résultat.

Le lait et les fromages ont bien sur subi la même évolution ; quel rapport entre le lait des années 1950, lorsque les vaches passaient leur journée au pré et le lait actuel, issue d’animaux vivant dans des élevages intensifs ?

Toujours d’après Pierre Weill,  ‘ au final, si l’on cumule les évolutions quantitatives et qualitatives, pour les lipides végétaux et animaux, en quarante ans, le rapport entre les graisses oméga 6 et les graisses oméga 3 dans nos régimes a augmenté de 300% ‘…

Dans ces conditions, si l’on se réfère aux effets biologiques des oméga 6, comment s’étonner de l’explosion des maladies inflammatoires musculo-tendineuses ?

L’ alimentation de nos ancêtres est restée relativement stable pendant 7 millions d ‘années,

Les chasseurs cueilleurs mangeant essentiellement des fruits, des végétaux et des animaux sauvages, riches en oméga 3 . Il est fort probable que les tendinites n’étaient pas des pathologies courantes à l’époque.

images-ffgg

A l’instar de la pathologie TMS star, l’épicondylite ou’ tennis elbow, ‘, Croc Magnon connaissait-il le ‘ massue elbow ‘? j’en doute !

La correction de nos apports en ? 6 et ? 3 est un objectif tout à fait prioritaire en matière de nutrition et de santé publique

Cette correction doit être individuelle, avec :

–         une augmentation de la consommation en ? 3, par les poissons gras, l’utilisation d’huiles végétales comme l’huile de colza, voire la complémentation en oméga 3 si les déficits sont importants ( intérêt des examens biologiques comme le statut en acides gras )

–         la diminution de la consommation d’ ? 6, en évitant les huiles de mais, de soja, de tournesol , en bannissant l’huile de palme omniprésente dans les plats industriels….

–  Limitation des graisses saturées

Comme le suggère  Pierre Weil, seule une modification profonde de la chaîne alimentaire permettra de revenir à un rapport oméga 6/oméga 3 équilibré, en ré-introduisant dans l ‘alimentation animale, par exemple les graines de lin, riches en ? 3,  qui vont apporter au final des oméga 3 dans la viande ; ou les œufs , ou tout simplement en leur  refaisant manger de l’herbe  ?

Sortir de l’alimentation majoritairement riche en oméga 6 de nos animaux doit être un objectif prioritaire.

‘ l’amélioration de la qualité de l’alimentation doit se faire sur des produits de masse, accessibles à tous, sinon l’écart va se creuser entre les plus aisés qui auront à la fois les moyens de s’acheter des produits de qualité et l’éducation nutritionnelle qui va avec, et les autres qui n’auront accès ni aux uns, ni aux autres ‘

Encore  faut-il qu’il y ait une prise de conscience des facteurs en jeu dans l’augmentation de toutes ces maladies dites de civilisation.

Et quant on lit les rapports officiels, j’ai bien peur que les pathologies musculo-tendineuses n’aient encore de beaux jours devant elles

Topics: Micronutrition | 26 501 Comments »





Fatal error: Allowed memory size of 134217728 bytes exhausted (tried to allocate 20480 bytes) in /home/blogmicronu/www/wp-includes/class-wp-comment.php on line 192